Au risque de paraître enfoncer une porte ouverte, ma pensée du jour va porter sur ce qui, pour moi, est peut-être mon grand principe de base – là où j’en suis aujourd’hui – et qui peut tenir en réalité en quelques mots assez simples :
L’AUTRE EST… AUTRE !
Aussi libre et respectable en tant qu’être humain
que je le suis moi.
C’est mon credo humaniste, égalitaire, fondamental.
Et donc – là encore, je préfère mettre les points sur les « i » – : par définition même, intrinsèquement féministe.
D’ailleurs, nota bene au passage pour celleux auxquel·le·s ça aurait échappé jusqu’à présent : la polyamorie est – par définition – égalitaire, donc féministe : chaque partenaire a les mêmes droits, quel que soit son âge, son genre, son orientation sexuelle ou relationnelle.
En Espagne, où ielles semblent avoir quelques années d’avance sur nous, j’ai l’impression – pour ce que j’en ai vu – que la plupart des activistes poly sont aussi des activistes féministes.
J’apprécie de même particulièrement la description sur Facebook du groupe Black and Poly, dont les modérateurs ont organisé la projection de LUTINE à Oakland pour le Pride Day l’année dernière : Polyamory is an ethical form of non monogamy, rooted in feminism, with relationships that are typically geared around egalitarianism [equality for all] and is the practice, desire, or acceptance of having more than one intimate relationship at a time with the knowledge and consent of everyone involved.
J’aimerais qu’en France, de même, on ne puisse envisager la polyamorie en dehors du féminisme.
Une des questions que je me pose régulièrement est : comment revendiquer le féminisme en militant pour les droits des femmes, sans paraître être contre les hommes en tant qu’hommes ? – dérive dans laquelle j’ai malheureusement l’impression qu’il est facile de glisser.
Mon fils m’a un jour dit, alors qu’il avait dix ans : « Maman, qui tu vois quand tu me regardes ? Je ne suis pas mon père, je ne suis pas « les hommes », je suis moi, ton fils, et j’aimerais que tu me vois pour qui je suis, moi. »
Évidemment, s’il me l’a dit ce jour-là, c’est parce qu’il savait que je pouvais l’entendre. Et j’en ai été bouleversée.
Oui, car « l’autre est autre » signifie aussi que l’autre n’est pas la projection que je peux avoir de lui – et qui m’appartient.
Si, quand mon fils donne une gifle à sa sœur – ce qu’il s’était passé ce jour-là, et qui m’avait littéralement fait sortir de mes gonds, par l’image que j’y avais projetée des violences faites aux femmes – je vois en effet en lui tous les hommes violents depuis la nuit des temps… alors je ne lui laisse aucune chance, je coupe la communication entre nous, et la relation » (l’histoire que je me raconte) est biaisée dès le départ : quoi qu’il puisse chercher à me dire, je serais fermée au dialogue.
Je souhaite m’inscrire en faux et lutter contre le système de la société patriarcale dans laquelle on a tou·te·s vu le jour et qui est construite sur une hiérarchie entre les individu·e·s – dont le principe même va à l’encontre de mes convictions les plus profondes – sans pour autant sembler reprocher aux hommes « qui » ils sont. Au contraire, un par un, leur donner entendre notre voix, les aider à voir à travers nos yeux, à vivre le monde via l’expérience que l’on en a.

L’autre étant autre, différent·e, séparé·e, et aussi respectable et libre que moi dans ses choix de vie, son libre-arbitre, ses désirs, je n’ai par principe, aucun « droit » sur elle ou lui.
Quand ielle décide quelque chose, c’est son choix. Je peux parler de moi, de ce que ça provoque en moi, des émotions que peut-être ça réveille… mais ça reste son choix, sa vie. Chaque être est libre, absolument, intrinsèquement.
Et la seule façon de savoir ce que l’autre a en tête, quelles sont ses émotions, ses désirs, ou ses motivations… est de le lui demander.
Ne pas faire de projections, de suppositions, d’hypothèses… qui ne sont que des pensées qui, par définition, m’appartiennent et n’ont rien à voir avec la réalité.
Demain… je reviendrai sur la pratique de la communication compassionnelle – terme que je préfère à « communication non-violente », car de manière générale, je n’aime pas ce qui se définit en « non-quelque chose » (dans « non-violente », j’entends encore la référence à « violente »).
Hâte de lire vos commentaires,
avec plaisir,
amour et bienveillance,
Isabelle
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Article initialement publié le 6 mai 2017 sur le blog Lutine & Cie.
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