Après avoir vécu un temps dans le monde ordinaire et sécurisant de la Monogamie (#2), on a soudain, suite à un accident, une maladie, une rencontre, une émission, un livre… fait face à la désillusion, comme une révélation (#3) : la société dans laquelle on a grandi et dont on a intégré sans même en avoir conscience les codes et les croyances, repose en réalité sur une vaste hypocrisie. Tout le monde fait mine d’adhérer au mythe de l’Amour romantique, l’Amour toujours, l’Amour qui conquiert tout et dure toute la vie pour une seule et unique personne (et si l’amour vient à disparaître, c’est que cette personne « n’était pas la bonne », et on s’emploie à passer à la suivante… enchaînant ainsi des monogamies sérielles)… et en même temps, dans la « vraie vie », rares sont les couples durables qui sont réellement heureux : combien de concessions, de compromis, jour après jour, qui sont autant de sacrifices ? Combien ont renoncé à exprimer leur véritable personnalité ? Combien sont frustré.e.s, ou tout simplement, comme je l’ai été si longtemps, « mort.e à l’intérieur » ? Et combien qui passent pour des conjoint.e.s « exemplaires »… sont en réalité adultères ?
Sauf que si tout le monde triche, et porte le masque du/de la partenaire exclusif/ve exemplaire – alors qu’il n’en est rien – comment les autres pourraient-ils savoir, quand arrive leur tour d’être confronté.e au désir extérieur, qu’ils ne sont pas seul.e.s à vivre ce dilemme, cette déchirure intérieure ? Pour quelques-un.e.s qui assument pleinement et absolument d’être adultères, parce qu’ielles assument d’être avant tout fidèles à eux/elles-mêmes… combien le vivent dans la honte et la culpabilité (deux sentiments qui sont des projections des règles de la société en nous et sont avant tout destructives – voir à ce propos ce qu’en écrit Yves-Alexandre Thalmann dans Au diable la culpabilité) ?

Un jour, donc, on s’est réveillé, et on a vu le monde autour de nous tel qu’il est vraiment. Et on a décidé – ou accepté – de suivre la petite lumière en nous, qui nous indiquait qu’il était possible de vivre autrement (#4). Alors on s’est renseigné, on a cherché, on a lu…: en un mot, on s’est préparé.e au voyage (#5). Et puis on est parti.e : on a largué les amarres, bravant nos peurs (#6).
Et pourtant, elles étaient grandes, nos peurs, et à juste titre : car on le sait au fond de nous, la société, nos pairs, notre famille… nous le feront payer très cher quand ils découvriront ce que eux, de leur point de vue, considèreront comme une trahison. On est sorti.e du jeu. On a choisi de devenir un électron libre, on s’est connecté.e à notre moi profond – tout ce qu’elles/eux n’ont jamais osé faire : remettre en cause les certitudes et croyances avec lesquelles on a toujours grandi.

Alors ça y est, on navigue en eaux inconnues. Et ça tangue, et on n’a pas (encore) le pied marin, on glisse, on manque de tomber, on a le mal de mer (#7). Et on rencontre, bien évidemment, les premiers obstacles (#8). On s’y attendait, on s’y est préparé.e. Ça remue, ça secoue… mais à chaque fois, on a décidé de vivre l’obstacle comme une opportunité qui s’offre à nous. On n’a plus de repères, et on est de plus en plus seul.e, car on ne correspond plus à notre monde d’avant (No Longer Fits Her World, propose Kim Hudson dans The Virgin’s Promise.)

Liiou - Bateau + requin

En réalité, le voyage du héros et celui de l’héroïne (entendre : le masculin en nous et le féminin en nous, l’extérieur et l’intérieur, le conscient et l’inconscient) sont complémentaires, à la fois symétriques et opposés.
Le héros part à l’horizontale, à la surface de la terre, à la conquête de nouveaux territoires (#6, #7, #8) , pour combattre le dragon au fond de sa caverne (#9) et en ramener l’élixir (#14) qui lui permettra, après une ultime bataille sur son chemin du retour (#15), de revenir sauver son village et sa communauté qui étaient en danger et le soutiennent depuis le début : il se bat pour eux, et à leur place, en représentant.

L’héroïne, elle, descend en elle-même et dans les profondeurs de la terre, à la recherche d’elle-même. Tandis qu’à chaque obstacle rencontré, le héros s’aguerrit, s’affermit, acquiert de nouveaux outils, qui le rendent de plus en plus expérimenté pour pouvoir vaincre le dragon… l’héroïne, elle, à chaque porte du jugement qu’elle franchit, se dépouille un à un de ses oripeaux, se coupant de plus en plus de sa communauté d’origine qui la juge très sévèrement, car, en remettant en cause les principes et les croyances du monde de dépendance dans laquelle ils vivent, elle les renvoie à leurs propres compromis, concessions et sacrifices, leur montrant qu’il est possible, si on le choisit en son âme et conscience, de vivre sa vie – ce qui est insupportable pour elles/eux, qui ont renoncé, ou bien qui n’en ont même pas l’idée.

C’est donc totalement nue qu’elle atteint le fond de la grotte, le fond du gouffre, le ventre de la baleine (#9). Là, sachant que tout ce qui l’avait aidée dans sa vie ne lui sert plus à rien, elle fait face à sa plus grande peur : elle est confrontée à la Grande Déesse, la Déesse de la destruction et de la créativité. Celle qui a le pouvoir de vie et de mort. La Mère, qui donne la vie, et peut vous la reprendre, la Mère dévoreuse. Le père TyranLiiou - Maman nue Elle lâche prise, elle n’a plus d’autre option. Elle renonce. Elle accepte de mourir. Elle devient humble. Et en devenant humble, en renonçant à se battre… elle se connecte à la part d’humanité en elle. Elle devient réellement elle-même, homme ou femme, ou ni homme, ni femme, queer, et se connecte à tous/tes les autres qui ont entrepris ce voyage avant elle et en sont revenu.e.s. Et ces autres lui tendent la main, et lui montrent la lumière à la sortie du tunnel (#10).

Le héros surmonte ses peurs pour acquérir des outils et franchir les obstacles qui, comme autant d’opportunités, le rendront plus fort pour affronter le dragon.
L’héroïne, elle, fait un chemin d’acceptation et de lâcher-prise. C’est parce qu’elle se dépouille de toutes ses certitudes et croyances, que chaque nouvelle étape de sa descente la rapproche d’elle-même.

Alors que le héros est tout du long soutenu par sa communauté, qui l’encourage au début et l’attend à l’arrivée… l’héroïne, elle, est lâchée par sa famille d’origine et la société qui la considèrent comme une traîtresse puisqu’elle a rompu le pacte. Ce n’est qu’au fond du ventre de la baleine, qu’elle découvrira sa nouvelle famille, celle qu’elle se sera choisie, sa nouvelle communauté, celle des gens éveillés, qui sont passés par là avant-elle, et lui tiennent la main pour remonter. Elle n’est plus seule. Elle n’est qu’un maillon parmi une longue chaîne d’électrons libres, qui, chacun.e différent.e les un.e.s ont malgré tout en commun ceci qu’ils ont rompu avec leur famille première, et ont choisi de vivre leur vie, en accord avec leur petite flamme intérieure – et en en payant malheureusement souvent le prix (ils y ont sacrifié leur confort, leur sécurité, parfois leur famille).

Ces autres vont partager avec elles tous les outils, toute la sagesse qu’ils ont acquis au cours des générations et des générations de créateurs/trices, d’inventeurs/ses, de pionnier.e.s, d’aventurier.e.s (#11, #12, #13) et dont elle ne sera, à son tour, qu’une courroie de transmission. Car sa mission, son chemin de vie, est de remonter à la surface, plus riche de tout ce savoir… et de le transmettre à son tour aux suivant.e.s.
Mais n’allons pas trop vite.

Le Voyage du héros et de l'héroïne

Nous voilà donc dans l’étape #14 de notre voyage. Notre héroïne / ou héros (rappelons que le féminin et le masculin ne sont utilisés que comme des archétypes, le yin et le yang), remonte donc à la surface en étant libéré.e, délesté.e de tout ce qui le/la rendait dépendant.e de son monde d’origine. Elle n’a plus peur. En acceptant, en accueillant ses peurs comme faisant partie d’elle… elle les a intégrées, et marche à leurs côtés. Au lieu de les combattre comme des ennemis, comme le fait la part masculine en elle, elle les accueille comme des alliées. Elle est réconciliée avec elle-même, et reconnaît ses peurs comme faisant partie d’elle-même : elle n’est pas ses peurs, mais ses peurs sont une partie d’elle, là pour l’alerter, la protéger, l’aider à avancer, pour aller plus loin, toujours plus loin.

Liiou - Maman nue de dos

Elle peut se réconcilier avec le féminin en elle, avec sa féminité. Elle pardonne à sa mère. Car le pardon est le plus puissant de tous les outils. Accepter l’autre pour ce qu’ielle est. Qui fait ce qu’ielle peut, du mieux qu’ielle peut sur le moment, avec ses propres peurs, failles, béances.

Elle lâche prise. Elle reconnaît que l’autre est autre. Libre comme elle est libre elle-même. Une personne autonome, avec ses failles et ses richesses. Qui fait de son mieux. Elle/lui aussi sur son propre chemin de découverte – ou pas (car certains vont accepter la mission qu’il leur est assignée par leur communauté d’origine (agir, conquérir, protéger) sans jamais se poser la question de ce qu’ils désirent eux… et ne jamais se connaître eux-mêmes, continuant la tradition, prisonniers des croyances des autres, restant à la surface de la terre.)

L’autre est libre. Comme je suis moi-même libre. Ielle ne m’appartient pas plus que je ne lui appartiens, moi. Nous vivons toutes et tous sur des petites embarcations différentes et séparées. Parfois nous choisissons de vivre un bout de chemin ensemble. Parfois cela dure longtemps. Parfois moins. Ce n’est pas la durée de la relation qui compte, mais la qualité de ce qu’elle nous apporte, sur le moment, pendant le temps où on la vit, pleinement, nous aidant à nous approcher de qui on est vraiment, et de qui on a envie d’être.

Quand vous êtes en relation avec quelqu’un.e, posez-vous la question : ce quelqu’un.e réveille-t-il le meilleur en vous… ou le pire ? Vous aimez-vous quand vous vous regardez en interaction avec lui/elle ? Vous reconnaissez-vous ? Avez-vous envie de vous prendre dans les bras et de vous dire à vous-même : je t’aime ?

Hier, chez mon coiffeur. Me découvrant en robe rouge, il me dit : Attention au loup. Je ne comprends pas. Je lui réponds : Le loup s’habille en noir, pas en rouge ! Je n’avais pas compris : je croyais qu’il me prenait moi, pour un loup.
Il précise : Tu es le Petit Chaperon rouge.
Je ris alors, et lui dis, comme ça vient et sans réfléchir : C’est incroyable que tu me dises ça, là, maintenant. Parce que justement, depuis ce matin, je n’ai plus peur.

Liiou - Maman petite en rouge

Dix minutes plus tard, son collègue, à qui je raconte que j’écris ce Voyage en Polyamorie sur mon blog, tout en finissant la deuxième version du scénario de mon troisième long-métrage (qui raconte l’histoire d’un couple qui s’ouvre à la Polyamorie), et à qui je dis : Je travaille mon thème ; me répond en souriant : Tu travailles ton t’aime.
J’aime mes coiffeurs…

J’ai écrit au début de ce voyage : Je ne sais pas où je vais… mais j’y vais. Et je commence simplement à entrevoir le sens de tout ça. Je lâche mes peurs. Je travaille mon m’aime.
Et si je peux aider certain.e.s d’entre vous à descendre en eux/elles-mêmes à leur tour, en leur tendant la main, en leur montrant qu’ielles ne sont pas seul.e.s sur le chemin de leur vie, qui ne ressemble à aucune autre et qui est la leur, la leur propre… alors j’en suis heureuse.

Et si j’écris seule et que personne ne descend avec moi… je suis heureuse aussi. Car ce voyage, je l’ai entrepris parce que j’en avais besoin. Parce que c’était le moment. Et que je sais qu’une fois que je serai remontée, quand j’aurais accueilli et regardé mes peurs en moi et que je pourrais marcher côte à côte avec elles, et non plus en craignant qu’elles ne me dévorent… alors je serai plus moi-même, plus forte, plus sereine – ou pas. Mais au moins, j’aurais fait quelque chose. Et déjà, j’en suis fière.

Et vous, où en êtes-vous de votre voyage ? Voyez-vous ou avez-vous vu la lumière au fond du tunnel ? Avez-vous trouvé des pairs, une communauté qui vous soutient ? Ou vous sentez-vous encore seul.e ? Hâte de lire vos récits dans les commentaires ci-dessous : vous y êtes les bienvenu.e.s.

Au plaisir et à demain,
avec amour et bienveillance,

Isabelle

 

Article initialement publié le 14 mai 2016 sur le blog Lutine & Cie.

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