Alors voilà, ça y est, on est parti.e.s. On a fait le constat que notre monde ordinaire (#2) celui dans lequel on a grandi et évolué jusqu’à présent, ne correspond plus à nos attentes ou nos espoirs, qu’on ne croit pas / plus aux mythes du prince charmant ou de notre moitié d’orange (#3), parce qu’on n’a jamais eu envie de s’engager durablement dans un couple, ou bien alors parce qu’on en est revenu.e, ou qu’on est en couple et qu’on aime sincèrement son/sa partenaire, mais qu’on a envie d’expérimenter autre chose – que ce ne soit encore qu’une idée, ou bien qu’on ait déjà ressenti ce désir pour quelqu’un.e d’autre et qu’on souhaite être honnête envers soi-même et son aimé.e…
On s’est donc connecté.e à notre désir profond de vivre des relations intimes et amoureuses autrement (#4) et on a commencé à y penser, à en parler, on a peut-être lu des livres, parlé avec des gens qui vivent déjà en Polyamorie, on s’est inscrit.e sur Okcupid… (#5) Et puis un jour, on accueille la peur en nous et… on saute le pas (#6).
Mais sauter le pas, qu’est-ce que ça veut dire ? Évidemment selon la situation amoureuse dans laquelle vous vous trouvez, ça va prendre des formes bien différentes. Admettons par exemple que vous soyez célibataire et sans aucune relation. Cela signifie que la prochaine personne que vous allez rencontrer, vous lui en parlerez, le plus tôt possible : Voilà, j’ai réfléchi, je n’ai encore jamais vécu comme ça, et je ne sais pas comment je vais le vivre, mais j’aimerais que nous puissions parler ensemble de l’éventuelle possibilité de vivre une relation ouverte. Comment se sentirais-tu par rapport à ça ?
Rien que ça, ça peut faire peur. Parce qu’on ne sait pas comment l’autre va le prendre. Et si ça la/le faisait fuir direct ? Bien sûr, c’est un risque. Mais ne vaut-il pas mieux prendre le risque le plus tôt possible de vérifier si on est sur la même longueur d’ondes – ou non – avant que des sentiments soient engagés ?
C’est en effet considérer l’autre comme un.e adulte responsable, et lui permettre de choisir en conscience.
Et donc, à supposer que cette personne vous dise : Ok, je ne sais pas comment je réagirai moi-même, mais je veux bien essayer ; votre « premier pas » sera la première fois que vous, ou lui/elle, vivra une autre relation.
Ce jour-là, tout sera à inventer, ensemble. Qu’avez-vous décidé ensemble ? Avez-vous discuté d’à quel moment vous alliez en parler ? Si c’est vous qui avez envie d’une autre relation, votre partenaire vous a-t-ielle dit à quel moment ielle souhaitait être tenu.e au courant ? Avant, après ? Et si avant, avant comment, avant quand ? Et si après ? Le jour même, ou trois mois après ?
Certaines personnes préfèrent savoir avant même qu’il ne se passe quelque chose, à la moindre attirance – même s’il ne se passera rien après ; d’autres au contraire, préfèrent savoir après, parfois même longtemps après qu’une relation ait commencé, parce qu’à ce moment-là, elles ont déjà constaté, par l’expérience, que cela n’a rien changé à leur relation, et cela fait moins peur que si elles imaginaient avant.
Et vous ? Y avez-vous pensé ? Savez-vous ce que vous préféreriez ? Avez-vous envie de savoir… ou pas ? Et si oui, de savoir quoi ? Et à quel moment ?
En réalité, quand on s’embarque en Polyamorie, on s’embarque pour des eaux inconnues, et on n’a pas nécessairement le pied marin. Il va y avoir des remous, des roulis, ça tangue, on a le mal de mer, on n’a pas l’habitude. Il va falloir bien s’accrocher au bastingage.
On a imaginé la situation d’une toute nouvelle relation de deux personnes qui découvriraient la polyamorie ensemble. Quand il s’agit d’un couple déjà établi, qui s’est construit sur un contrat monogame… et que soudain, l’un.e d’entre eux souhaite remettre en cause les termes de ce contrat, et même si les années de vie ensemble ont créé des liens de confiance très forts entre les deux partenaires, ça n’est souvent quand même pas simple et ça demande beaucoup de patience et d’attention l’un.e à l’autre.
Pourquoi y a-t-il tant de gens adultères ? Pourquoi, quand on a envie d’avoir une relation avec quelqu’un.e d’autre, n’en parle-t-on pas avec son/sa partenaire ? De quoi a-t-on peur ?
Bien sûr, on a peur de sa réaction. Comme peu de gens savent qu’on peut vivre en Polyamorie, si vous annoncez à votre partenaire que vous avez envie d’une autre relation, il y a de grandes chances que vous déclenchiez sa peur, voire sa peur panique. Vous avez peur de lui faire du mal, peur que ça ne remette en cause votre relation, peur aussi – admettons-le – que ça ne compromette votre nouvelle relation. C’est tellement plus simple, en réalité, de ne rien dire. Ou bien de ne rien faire, et de seulement rêver à quelqu’un.e d’autre.
Mais soyons honnête : si soi-même on s’accorde le droit – et le plaisir – d’entretenir ouvertement une relation avec quelqu’un.e d’autre quand on est déjà « en couple », alors… cela veut dire que l’on devra aussi faire face à l’éventuel désir de notre partenaire, lui/elle aussi, d’aller voir ailleurs. Et là euh… aie.
Combien d’hommes et/ou de femmes adultères vivent parfaitement la liberté qu’ielles s’accordent à eux/elles-mêmes, mais supporteraient bien plus difficilement d’imaginer que leur partenaire a aussi d’autres relations ?
À partir du moment où l’on choisit de vivre en conscience sa/ses relations, où on choisit l’honnêteté, envers soi-même et envers l’autre, où la liberté que l’on est prêt.e à s’accorder à soi, on est prêt.e à l’accorder à l’autre… c’est là que commence le voyage.
En réalité, un voyage en Polyamorie est avant tout un voyage de développement personnel. C’est une manière radicale et assez puissante d’avancer vers soi-même, vers qui on est, avec ses peurs, ses insécurités, ses ombres, ses ambiguïtés.
On choisit de vivre dans l’amour, le respect et la confiance, et non dans la peur ou l’illusion (Mon partenaire a peut-être d’autres relations, mais je ne veux pas le savoir. OU bien : Je sais qu’ielle est incapable de me tromper. Hm hm… En êtes-vous si sûr.e ? Le jour où on est confronté.e à une réalité à laquelle on avait refusé de penser jusque-là, comment le vit-on ?).
Quand on choisit de vivre en Polyamorie, on choisit d’accepter ses peurs et ses insécurités, de les accueillir, de les regarder en face, et d’écouter ce qu’elles ont à nous apprendre sur nous-même.
Et certes, il y a des chances que le voyage soit mouvementé. Mais il y a aussi des chances que l’on fasse un beau voyage.
Alors concrètement, comment fait-on ? Eh bien… on fait comme on peut ! On fait de son mieux ! On fait un pas… on voit… on observe les émotions, les sensations, on accueille les peurs… on en parle… on ajuste… On fait une pause si nécessaire. Et puis on recommence. Un nouveau pas, une nouvelle expérience. L’un.e va prendre un verre avec une nouvelle personne, par exemple. Et puis on regarde, on observe, on s’écoute, on fait attention à l’autre.
On ne va pas trop vite, on ne force pas la main. On ne se force pas non plus soi-même à aller trop vite sous prétexte que l’autre a l’air d’être plus prêt.e ou d’avoir envie.
On se respecte soi-même, et on respecte l’autre, avec ses incertitudes, ses doutes, ses peurs, ses ambiguïtés. On avance au rythme du plus lent. On prend son temps. Et régulièrement, on fait le point.
Parce que quand on s’embarque pour la Polyamorie, on s’embarque pour l’inconnu. La théorie, c’est bien beau, les idées de liberté, de respect de l’autre, d’honnêteté, de confiance, tout ça tout ça… Oui, mais quand on est soudain confronté.e au fait que l’autre, la personne que vous aimez, avec laquelle vous avez choisi de faire un bout de chemin, a envie d’une autre relation, ou en a déjà une… vous pouvez soudain vous surprendre à réagir d’une façon… à laquelle vous ne vous attendiez pas, mais alors pas du tout. Les émotions prennent le dessus, et elles peuvent être surprenantes !
Et vous, où en êtes-vous ? Si vous êtes déjà en voyage, comment le vivez-vous ? Si vous êtes tenté.e de vous embarquer, mais que vous hésitez encore, de quoi avez-vous peur ?
Hâte de vous lire dans les commentaires : l’espace ci-dessous vous est réservé et vous y êtes le/la bienvenu.e.
Au plaisir et à demain… pour de nouvelles aventures,
Isabelle
Article initialement publié le 7 mai 2016 sur le blog Lutine & Cie.
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